En formalisant leur programme de "Division XXI", pour le 21ème siècle, les Etats-Unis viennent de lancer un plan très ambitieux pour adapter leur outil militaire au contexte géopolitique de l'après-guerre froide.
Source : RAIDS Magazine
Texte : Jean LAFFAY
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Baisse des
effectifs
Internet tactique
Les divisions légères en
devenir
Rôle prépondérant pour les
réserves
Le programme Land Warrior
Les futures Strike Brigades
Aux traditionnels carburants et munitions indispensables à une armée en campagne s'ajoutera désormais un troisième élément : I'information.
L'US Army a tranché: le XXI siècle sera celui de l'information sous toutes ses formes. L'armée qui maîtrisera les différents flux d'information maîtrisera le combat.
D'ici à 2010, l'US Army va donc réorganiser les six divisions lourdes (blindées ou mécanisées) de ses forces d'active pour leur permettre de véritablement acquérir cette maîtrise, qui sera déterminante préviennent les stratèges américains.
Réorganisées. plus puissantes. plus mobiles. et surtout irriguées à tous les niveaux par les techniques de communication les plus modernes, Ies divisions du XXIe siècle que prépare l'US Army auront la vision la plus claire possible du champ de bataille.
Les mégabits de données circuleront à la vitesse de l'électron pour informer tous ses acteurs sur leurs propres forces, celles de l'ennemi et sur le théâtre d'opération en général.
"Dès que notre opposant sur le champ de bataille bougera le petit doigt, Iensemble de nos forces en sera informé et pourra le mettre immédiatement échec et mat", prophétise le général Reimer, chef d'état-major de l'US Army. Parmi toutes les évolutions ou révolutions envisagées pour la future US Army, c'est le concept de << Division XXI (division du XXle siècle) qui a été retenu en juillet dernier par le Tradoc (Training and Doctrine Command). Basé à Fort Monroe, en Virginie, ce commandement chargé de la réflexion à long terme a conduit une étude étalée sur plusieurs années sur les techniques, doctrines et équipements qui devront façonner l'Army des décennies à venir, avant de finalement trancher pour la "Division XXI".
Bien qu'il sagisse potentiellement et à long terme d'une révolution dans l'art de conduire des opérations militaires, dont toutes les implications à long terme sont encore difficiles à saisir, I US Army a toutefois choisi de privilégier une mutation par étapes. Evolution plutôt que révolution donc pour les hautes sphères du Pentagone.
"Nous devons certes préparer le futur et réussir cette mutation dans l'âge de l information, expliquait récemment le général Dennis Reimer, chef d'état-major de l'US Army. "Mais nous devons en même temps préserver notre niveau de préparation, recruter nos soldats, les entraîner, inculquer nos valeurs tout en exécutant les missions qui nous ont été confiées..."
Evolution teintée de révolution, la " Division XXI >> choisie par lUS Army sera donc l'outil donné aux généraux américains pour aborder le combat blindé et mécanisé au siècle prochain
Chaque "Division XXI; sera composée d une brigade blindée et de deux brigades d'infanterie mécanisée. Chacune de ces brigades comprendra trois bataillons : deux bataillons blindés et un mécanisé pour la brigade blindée : deux bataillons mécanisés et un blindé pour les brigades mécanisées. Les bataillons passeront de quatre à trois compagnies, avec pour conséquence une baisse sensible des effectifs. La " Division XXI" réunira 15 719 hommes et femmes, contre 18 069 pour les divisions actuelles.
(Entre 1990 et 1995, les effectifs militaires américains ont été réduits de 30 % et le budget dévolu à l'équipement des forces réduit de moitié. Ce dernier bénéficiait toutefois de l'effet combiné de l'important effort d'équipement des années quatre-vingt et de la réduction du format des forces. Une nouvelle réduction des effectifs est donc prévisible, notamment pour arriver à financer l'équipement et la modernisation des forces conservées.)
Le nombre de véhicules blindés en dotation dans les unités sera également réduit, passant de 58 à 45 blindés (véhicules de combat d'infanterie ou chars de bataille) par bataillon. Ces réductions seront toutefois compensées par l'introduction de matériels modernisés et compatibles avec l'environnement digitalisé des " Divisions XXI " (M-1 A2 Abrams et M-2 A3 Bradley), remplaçant respectivement les M-1 A1 et M-2 A2 . Incidemment, une baisse de 20 % du nombre de véhicules lourds permettra de réduire notablement les besoins logistiques sans pour autant altérer le punch des unités, le développement des réseaux d'information permettant d'appliquer les feux avec une efficacité inégalée.
La guerre du Golfe ayant toutefois montré l'insuffisance de la puissance de feu mise à disposition par l'artillerie divisionnaire, les futures divisions lourdes de l'Army recevront une batterie de lance-roquettes multiples (MLRS) supplémentaire. Celle-ci sera regroupée avec la batterie déjà existante au sein d'un bataillon d'artillerie.
L'US Army reconnaît par ailleurs que l'appui feu par l'artillerie reste un de ses points faibles. Insuffisamment mobiles, les automoteurs d'artillerie actuels sont incapables de rester en ligne avec les Abrams et Bradley et de leur fournir un appui feu continu.
Le système d'artillerie Crusader, en cours de définition, devrait permettre de réduire ce handicap. Mais son avenir est des plus incertains, I'US Army n'ayant jusqu'à présent réussi à sauver le programme qu'au prix de concessions budgétaires sur d'autres matériels. L'US Army affiche toutefois toujours un déficit de 10 milliards de dollars dans ses crédits d'équipement pour les six ans qui viennent et tous les expédients comptables semblent aujourd'hui épuisés
Pour ce qui est du combat aéromobile enfin, la Division XXI contrôlera un bataillon de reconnaissance et dattaque (quinze AH 64D Apache Longbow et 33 RAH 66 Comanche) et un bataillon d'hélicoptères de soutien (24 UH-60 Blackhawk et CH 47 Chinook)
Le développement des réseaux d'information au sein des " Divisions XXI " passera par la mise en place d'un "Internet tactique", pierre angulaire de la digitalisation des forces a venir et sur lequel portent actuellement tous les efforts des militaires et des industriels américains.
Pour les stratèges américains, il ne fait en effet guère de doute que l'important dans les années à venir sera moins la taille d'une unité que sa capacité à gérer l'information sur ses propres forces, sur celles de lennemi et sur le théâtre d'opération en général. Donner à lutilisateur linformation dont il a besoin, quand il en a besoin en s'affranchissant des réseaux lourds et très cloisonnés qui existent jusqu à présent.
Dans cette optique, l'Internet tactique permettra au sein des futures divisions de fusionner un grand nombre de données et une distribution automatique des messages et des informations aux différents destinataires, à différents niveaux de hiérarchie au sein des futures divisions. Des tests en grandeur réelle ont été conduits en juillet dernier, mettant aux prises une task force digitalisée de la taille d'un bataillon et relié à un état-major de brigade et un opposition "classique" de taille comparable. Côté force digitalisée, 242 véhicules étaient reliés entre eux et avec un état-major de brigade par un Internet tactique, dont la clé de voûte, le logiciel FBCB2, a été développé ces dernières années à coup de dizaines de millions de dollars. Différents autres systèmes de communication transitaient également par l' IT : le réseau de radio SINCGARS (Single Channel Ground and Airborne Radio System), capable de transmettre voix et données, le système de communication tactique SIP (System Improvment Program) et le système cartographique EPLRS (Enhanced Position Location and Reporting System), l'emploi de ce dernier permettant notamment à ses utilisateurs de se passer de cartes papier et de préparer leurs actions sur écran.
Selon les industriels et les militaires concernés, l'ensemble de ces systèmes auraient fait preuve d'une bonne maturité au cours de cette dernière expérimentation, malgré les dégats occasionnés sur le matériel informatique par une chaleur exceptionnelle. Il faut en effet rappeler que jusqu'à présent, des problèmes de communication et de compatibilité des systèmes avaient eu pour effet de rendre pratiquement caduques tous les efforts de digitalisation entrepris.
Restent quelques questions de fond qui doivent être résolues, avec en premier lieu le problème posé par la maîtrise d'un outil informatique très complexe : le temps consacré à ce nouvel apprentissage ne se fait-il pas au détriment de l'entraînement au combat proprement dit ?
Autre problème soulevé : l'installation et la mise en uvre de tous les nouveaux systèmes dans des véhicules de combat déjà passablement encombrés, avec une très forte charge de travail pour les équipages. Une solution existe déjà à bord des hélicoptères de combat de nouvelle génération, dont les écrans couleurs multifonctions permettent déjà l'affichage de données très diverses. Un tableau de situation synthétisé par l'Internet tactique et présenté sur un écran multifonctions offrirait aux équipages une vision du monde extérieur bien plus riche que les seules informations offertes jusqu'à présent par les capteurs IR ou radar Allant encore plus loin dans la prospective, l'US Army songe aussi dès à présent à intégrer ce futur Internet tactique dans des réseaux d'information de l'échelon brigade ou division, comme l'Army Battle Command System et l'Army Tactical Command and Control System . De gros efforts devront alors être consenti pour permettre la circulation de colossales masses de données nécessaires à la transmission de sons et d' images vidéo, ce que le système SINCGARS peine un peu à réaliser dès aujourd'hui. La NTDR (Near Term Digital Radio) également baptisée Mercury, en cours de développement, devra pouvoir répondre à ce besoin, en permettant les communication "multimédia" entre les Tactical Operation Centers (TOC) et les PC divisionnaires.
Les expérimentations en cours ont montré la possibilité de transmettre via des relais mobiles, des images vidéo entre deux véhicules de commandement éloignés de cinquante kilomètres et circulant chacun à très vive allure.
On sait déjà que les AH-64D Apache de nouvelle génération peuvent échanger des informations obtenues par leur radar millimétrique avec d'autres hélicoptères ou bien avec des appareils de surveillance type AWACS ou JSTARS.
On peut alors fort bien imaginer, dans un futur proche, un Apache désignant des cibles avec son radar au profit des blindés, de l'artillerie, voire même transmettant en temps réel les images obtenues par ses capteurs au profit des autres intervenants sur la ligne de front
Synonyme d'allègement des divisions américaines, la digitalisation préparée par l'US Army va toutefois entraîner la création de nouvelles unités spécialisées dans l'obtention et le traitement de l'information.
Au sein des divisions lourdes, chaque brigade se verra adjoindre un groupe de reconnaissance tactique. Ce groupe sera équipé de véhicules légers (Humvee) dotés de moyens optroniques puissants, permettant la reconnaissance de jour comme de nuit et par tous les temps.
L'US Army songe également à employer des véhicules de reconnaissance contrôlés à distance. La 3rd Infantry Division teste actuellement le système SARGE (Surveillance and Reconaissance Ground Equipment), en fait un "quad" du commerce équipe de caméras jour nuit pour la conduite et lobservation, d'un récepteur GPS pour un positionnement géographique précis, dun télémètre laser et de l équipement de télépilotage.
Une division lourde contrôle aujourdhui un front de 100 kilomètres de large sur 100 kilomètres de profondeur
En bénéficiant dune puissance de feu mieux gérée. Dun rythme dopérations plus élevées, d une meilleure connaissance du terrain, de ses propres ressources et de celles de I ennemi, la << Division XXI>> devrait pouvoir demain plus que doubler cette capacité. L US Army évoque une zone d influence de 24 000 km2 soit un front de 120 km sur 200 km de profondeur.
La 4ème division dinfanterie mécanisée, qui a déjà participé à plusieurs exercices de digitalisation, sur le terrain ou en simulation informatique, sera la première unité à être mise au standard " Division XXI". D'ici à septembre 2000, elle aura terminé sa phase d'équipement et de mise en place de son Internet tactique. Il est d'ores et déjà prévu qu'au début de l'année 2001, la 4e Dl conduise un large exercice probatoire pour roder ses nouveaux moyens en ambiance opérationnelle. La restructuration des cinq autres divisions de l'active pourrait alors suivre, au rythme d'environ une par an, si tant est que le financement soit trouvé. Cela devra faire l'objet de sérieux arbitrages au Congrès, mais également au Pentagone, car l'ambition de l'US Army ne s'arrête pas aux seules divisions lourdes.
Les divisions légères en devenir
Tirant Parti des réflexions et expérimentations déjà effectuées pour les divisions lourdes, le Tradoc s'est également intéressé au devenir des quatre divisions légères de son armée d'active. Ces quatre unités, réunies au sein du 18th Airborne Corps, sont la 82nd Airborne, la 101st Air Assault lai 10e division de montagne et la 25e division d'intanterie Elles devraient à terme être restructurées pour bénéficier elles aussi de la " digitalisation " entamée avec les six divisions lourdes
Si le choix d'une division cobaye n'a pas encore été fixé, la 10e division de montagne semble toutefois partir favorite pour cet exercice. L'exercice sera toutefois plus aisé qu'avec les divisions lourdes, une bonne partie du terrain ayant déjà été défriché et plusieurs concepts étant directement importables des lourdes vers les légères: la tenue de situation tactique, permettant aux groupes de combat de connaître en temps réel leur position et celle des unités amies et ennemies; une logistique gérée au plus près des besoins, qui augmentera l'efficacité des unités; I'importance des informations transmises par les nouveaux capteurs de reconnaissance, tels que les drones terrestres ou aériens.
L'importation des techniques de linformation ne pourra pourtant pas se faire de manière aveugle. "Les séquences dengagement des forces légères sont notablement plus courtes que pour les divisions lourdes "rappelle le général John Abrams, à la tête du Tradoc " Il est par exemple dans la nature des forces légères d' opérer dans des terrains bien particuliers, tels que les zones urbaines. Les contraintes du commandement y sont très par-ticubères: les décisions d'engagement se compétent en fractions de secondes, les besoins en précision des tirs sont plus forts, autant pour éviter les dommages collatéraux que les tirs fratricides. "
Une expérimentation à grande échelle (un Joint Contingency Forces Advanced Warfigh-ting Experiment JCF AWE) est d'ores et déjà prévue pour septembre 2000, à Fort Polk, en Louisiane. Comme son nom l'indique, cet exercice comportera une large composante interarmes, I'apport des Marines, avec lesquels la coopération est intense sur les questions de << digitalisation ", étant notamment jugé essentiel en raison de leur expérience du combat urbain.
LInternet tactique, pierre angulaire de la digitalisation des divisions lourdes, sera également adapté aux divisions légères, mais en étant étendu au niveau décisionnel le plus bas, c'est-à-dire celui du simple soldat. Vaste casse-tête technique en perspective, car un fantassin ne se raccorde pas à un réseau informatique aussi facilement qu'un engin blindé de 30 ou 60 tonnes pour lequel 10 kg de plus ou de moins à transporter ne changent rien.
Le programme Land Warrior (lire lencadré) devrait répondre aux interrogations nées de cette ambition
Comme pour les divisions lourdes, la question du financement des recherches, expérimentations et en finale de l'équipement des unités est posée, sans qu' aucune réponse ne soit pour l'instant apportée.
Mobilisés sur l'objectif "Division XXI", les militaires américains ne limitent pourtant pas leurs réflexions à l'horizon 2010 et étudient déjà l'idée de Strike Forces qui pourraient paver la voie vers une Army After Next (littéralement larmée après la prochaine " ), destinée à succéder en 2025-2030 aux Divisions XXI encore dans les limbes (cf. les " Strike Brigades" )
Les leaders militaires ayant opté pour l'option "Division XXI " sont prompts à reconnaître que le futur étant difficilement prévisible, ils ne sauraient totalement exclure une formule encore plus innovante pour l'après "XXI". Une technique galopante, une situation internationale mouvante, rien ne prouve que ce qui est aujourd hui pour nous très modeme ne soit totalement anachronique dans vingt-cinq ou trente ans lorsque les chefs de peloton daujourdhui seront devenus des chefs de corps... ", soulignait récemment le général Abrams. " En 2020 les diVisions telles que nous les connaissons actuellement ne seront plus nécessairement lalpha et lomega des forces " renchérissait le chef d major de l'US Army.
Reste que dans ce tableau idyllique et échevelé de modernisation et digitalisation quelques voix discordantes se font entendre. Certains officiers soulignent que la dépendance exagérée vis-à-vis des réseaux d'ordinateurs risque d'affaiblir larmée au lieu de la renforcer, en entamant profondément son esprit combatif (les soldats devenant avant tout des gestionnaires de réseaux)
. " Nous pénétrons dans un domaine où personne nest allé avant nous et il nous faudra être extrêmement vigilants reconnaissait le général Reimer. Nous gagnerons sans doute une position extrêmement dominante, mais rious pourrions aussi nous créer un nouveau talon d'Achille. Quoique nous fassions, le risque sera toujours présent. "
Rôle prépondérant pour les réserves
La composante de réserve de IUS Army, à savoir l' US Army Reserve et l' Army Natronal Guard, jouent un rôle prépondérant dans les opérations extérieures américaines, en raison notamment de leurs compétences dans quelques domaines clefs
" Dans le cadre de la digitalisation à venir des forces dactive, tes réserves pourront être mises à contribution ", indique d'ailleurs le général Dennis Reimer "De nombreux réservistes sont parfaitement accoutumés dans leur vie civile à utiliser les systèmes d' information et les outils informatiques complexes, et leur aide nous sera précieuse. "
Mais la restructuration des forces d'active aura aussi des répercussions sur l'organisation des réserves qui va être revue. Quinze brigades " augmentées" seront constituées pour servir de réserves stratégiques à l'Army d'active. Douze autres brigades de combat (appartenant à la Garde nationale) seront transformées en unités de soutien.
Par ailleurs deux divisions seront constituées à partir de six brigades (trois "légères" et trois "lourdes") de la Garde nationale Appelées divisions "intégrées" elles seront placées sous commandement de l'Army d'active.
Après avoir assumé différents rôles au cours de leur histoire (protection civile dans les années cinquante, paix civile dans les années soixante, plus récemment lutte contre les trafics de drogue...), les forces de réserve se préparent par ailleurs à faire face à de nouvelles responsabilités dans la lutte contre les menaces terroristes faisant appel aux armes de destruction massive (nucléaire biologique chimique.. ). Une vingtaine d'équipes RAID (Rapid Assessment and Initial Detection) de détection et d'évaluation des menaces ont été constituées, et ce programme est appelé à prendre de l'ampleur dans les mois à venir
Le programme Land Warrior qui vise à offrir au combattant débarqué le nec plus ultra des technologies pour améliorer sa protection, sa puissance de feu et la connaissance de son environnement, va entrer très prochainement dans une phase d'expérimentation active. Il sera le pendant individuel de la digitalisation appliquée aux unités dans le cadre de la "Division XXI ".
Une première unité expérimentale (de la taille d'un bataillon) dotée de Land Warrior première mouture (dit EMD pour Engineering and Manufacturing Development sera opérationnelle à la fin de l'an prochain
Encore ne s'agit-il que d'une première étape. L'US Army étudie dès à présent les améliorations possibles au Land Warrior EMD, en suivant particulièrement deux pistes la première serait de renforcer le GPS mis à la disposition du combattant mais qui pèche par sa vulnérabilité au brouillage, I'autre axe de travail serait d'étudier la mise en place de commandes vocales pour le fonctionnement des ordinateurs qui équipent les Land Warrior EMD.
Au-delà des questions militaires et purement doctrinales posées par l'apparition de ce combattant high-tech, se créent également des problèmes purement techniques, comme par exemple l'énergie nécessaire au fonctionnement de tous les systèmes
Le fantassin du futur sera-t-il condamné à transporter plus de piles que de munitions ?
Le programme américain, extrêmement ambitieux, bute également sur le poids trop élevé de l'équipement Ce n' est d'ailleurs pas un hasard si le Land Warrior de démonstration présent en chair et en os au dernier Eurosatory était un solide gaillard de 2,10 m capable de supporter l'ensemble du système.
Autre thème de réflexion pour une US Army du futur la constitution possible de trois nouvelles Strike Brigades, que l'on peut traduire par brigade de choc, composées de 3 000 à 5 000 hommes
" Ces hommes posséderaient non seulement l'agilité intellectuelle que nous demandons déjà aujourd'hui à nos soldats, mais ils bénéficieraient en plus d'une agilité tactique sans égale qui leur serait donnée par des développements révolutionnaires dans les systèmes d'arme et les équipements en préparation pour l'Army After Next en explique-t-on volontiers au Tradoc
Ces hommes, qui posséderaient le petit nombre et la mobilité des divisions légères et la puissance de feu des divisions lourdes seraient en fait les pompiers de l'US Army capables d'arriver très rapidement sur le lieu d'une crise pour stabiliser une situation ou, en cas de conflit ouvert, faire face à un ennemi et le contenir en attendant l'arrivée de forces plus importantes
" La 4e division d'infanterie n'est pas assez mobile pour des déploiements rapides et la 82nd Airborne n'a pas assez de puissance de feu et de capacité de résistance pour des opérations soutenues Une Strike Force permettrait de combler le vide existant entre ces deux types d' unités ", précise le général John Abrams
L'idée, au demeurant très séduisante, n' est pas nouvelle au sein d'une US Army qui travailla il y a quelques années sur le concept d'une Task Force Griffith au principe assez similaire
Il est aujourd'hui officieusement entendu que le 2nd Armoured Cavalry Regiment (28 ACR) pourrait servir de Strike Brigade expérimentale à son retour de Bosnie Selon certaines sources l' unité pourrait être opérationnelle dès 2006. voire 2004 pour les plus optimistes.
Mais on n'en est pour l' instant qu'à l'étude du concept Le général Dennis Reimer, chef d'état-major de l'US Army, a demandé au Tradoc d'examiner quatre options possibles pour ces futures brigades. La première, la plus traditionaliste, serait de simplement moderniser le 2e ACR le plus complètement possible, en augmentant ses capacités dans quelques domaines bien précis La deuxième. La plus radicale et spectaculaire, serait de puiser largement dans les concepts explorés pour l'Army After Next (littéralement " I'armée après la prochaine"), qui est une réflexion engagée pour préparer une suite à la " Division XXI " à l'horizon 2030 On navigue là entre novation et science-fiction La Strike Brigade ainsi constituée serait alors utilisée pour faire le tri entre bonnes et mauvaises idées et préparer l'application à grande échelle de l'Army After Next.
La troisième option présentée par le général Reimer serait une combinaison des deux premières, à mi-chemin entre tradition et science-fiction Quant à la quatrième. qui reste très officieuse pour l'instant elle reposerait pour la plus grande part sur la modernisation des réseaux C4I
" Aucune de ces options n'est une solution, faisait toutefois remarquer le général Abrams, chef du Tradoc Ce ne sont que des approches qui nous permettront de nous poser les bonnes questions, de procéder aux bonnes analyses et expérimentations afin de trouver les bonnes réponses "
Quel que soit le scénario choisi, la Strike Brigade sera une unité compacte et puissante organisée en équipes (teams) disposant de systèmes de reconnaissance redondants afin de bénéficier d'une connaissance de son environnement sans précédent
L'unité pourrait également avoir accès à des armes de soutien commandées à distance afin d'assurer son propre appui feu direct
Reste la question du financement. Le coût de l'option 3 est pour l'heure estimé à 1 milliard de dollars répartis sur six ans, de 1999 à 2005. Encore ne s'agit-il que d'une estimation très approximative, I'incertitude financière étant à la mesure des interrogations techniques soulevées par le projet