Rapport Human Rights Watch (extraits)
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Photos Human Rights Watch
Les civils pris pour cible systématiquement
L'occupation de Freetown par les rebelles a été caractérisée par de graves violations
des droits de l'homme systématiques et à grande échelle à l'encontre de la population
civile. Les civils ont été abattus dans leurs maisons, entourés et massacrés dans les
rues, jetés par les fenêtres des buildings, utilisés comme boucliers humains et
brûlés vifs dans les voitures et les maisons. Ils ont eu leurs membres coupés avec des
machettes, les yeux énucléés avec des couteaux, les mains écrasées avec des marteaux,
et le corps brûlé à l'eau bouillante. Les femmes et les jeunes filles ont été
systématiquement violées, et les enfants détenus en captivité par centaines.
Les rebelles ont fait peu de distinction entre les civils et les cibles militaires. Ils
ont constamment répété que les civils devaient être punis pour ce qu'ils percevaient
être un soutien au gouvernement existant. Ainsi, les rebelles ont fait la guerre aux
populations civiles. Il y a eu un ciblage de groupes spécifiques, comme les nigérians,
les officiers de police, les journalistes, les religieux, mais la grande majorité des
atrocités a été commise sur des victimes choisies apparemment au hasard.
La nature arbitraire de ces attaques a servi à créer une atmosphère de terreur totale.
Certaines victimes étaient attaquées pour avoir résisté au viol ou à la détention,
pour avoir essayé de s'échapper, essayé de protéger un ami ou un membre de sa famille,
pour avoir refuser de danser ou de jouer de la musique dans la rue, mais la plupart des
exécutions et des mutilations ont été commises au hasard, souvent sans poser une seule
question.
Il est difficile de faire état du niveau hiérarchique auquel ont été ordonnées les
atrocités au sein du RUF, mais la large échelle de participation aux abus suggère
qu'ils ont été autorisés à un haut niveau des structures de commandement du RUF. Les
victimes et les témoins ont rapporté que très peu de combattants ou de commandants ont
essayé d'arrêter ces abus. Les rares fois où c'est arrivé, ils ont été menacés de
mort par leurs compagnons.
Les atrocités étaient souvent planifiées et préméditées. Les civils et témoins
décrivent des opérations bien organisées pour encercler les civils qui devaient être
exécutées, attaquées à la machettes ou violées. A plusieurs occasions, les rebelles
ont prévenu à l'avance que les atrocités seraient commises plus tard.
Les témoins décrivent l'existence d'unités distinctes connues pour commettre des crimes
particuliers, comme l'Unité de Brûlage des maisons, le Commando Coupe Mains et
l'Escadron Bain de Sang. Certains escadrons avaient une manière bien spécifique pour
tuer, comme l'unité des Tueurs Sans Sang, qui avait l'habitude de battre les gens à mort
sans épanchement de sang, ou l'escadron Nu, qui déshabillait les victimes avant de les
tuer. Plus l'ECOMOG avançait sur les positions rebelles, plus ces escadrons étaient
mobilisés et envoyés en opération.
Pour avoir le contrôle d'un village ou d'un quartier, les rebelles menaient des raids
systématiques par vagues de rebelles demandant de l'argent ou des marchandises. Ceux qui
n'avaient pas ce que demandaient les rebelles étaient souvent massacrés. Alors que le
viole et la capture étaient commis à large échelle pendant l'offensive, le rythme des
exécutions, amputations et brûlage de propriété augmentait dramatiquement quand les
rebelles étaient forcés de battre en retraite.
Il est difficile d'établir combien de rebelles ont été tués pendant l'incursion
rebelle. Le Senior Government Pathologist fait état de l'enterrement de 7 335 corps tués
à partir du 6 janvier. Alors que le nombre des combattants des deux camps a été
élevé, tués dans la bataille, après capture ou après une blessure, des défenseurs
des droits de l'homme pensent qu'au moins la moitié des morts étaient des civils. Un
groupe de droits de l'homme a déjà documenté 2 215 civils tués. [
]
La plus grande proportion de morts et de tués l'a été dans les trois banlieues
densément peuplées de Kissy, Wellington et Calaba Town ; Pendant les semaines
d'occupation rebelle les trois banlieues ont été coupées des principaux hôpitaux de la
capitale, contrôlés par l'ECOMOG. Incapables de traverser les lignes de front, la
plupart des civils blessés ont recherché des soins auprès d'infirmières et de petites
cliniques. Malheureusement, comme il était dangereux de s'exposer à cause des
enlèvements, le personnel médical s'est caché ou s'est enfui de la zone d'occupation
rebelle. Il y avait aussi une pénuries de médicaments et matériel médical car les
cliniques et pharmacies étaient souvent pillées par les rebelles. Pour les civils
blessés, il était courant d'attendre plusieurs jours avant de recevoir un traitement
médical ou de voir un médecin.
Le 14 juin 1999, Human Rights Watch a eu un entretien avec Omraie Golley, porte-parole
officiel et représentant légal du RUF. Il a dénié que ses troupes aient commis des
atrocités à l'encontre de la population civile pendant l'offensive de janvier. Il a
affirmé : " J'ai déjà eu le cas de preuves de soldats ou commandants commettant
des atrocités sur les civils. Nous avons entendu beaucoup d'histoires, beaucoup de choses
terribles. Ces accusation sont faciles à porter mais difficiles à prouver. Mais si
n'importe lequel de nos soldats ou de nos commandants étaient coupable de telles
atrocités, il sera arrêté ". Golley a déclaré que le RUF n'a pas commencé
d'investigations ou de procédures disciplinaires à l'encontre d'un de ses soldats ou
commandant.
[
]
En réponse aux allégations d'atrocités commises pendant les huit années de guerre,
Golley a déclaré qu'en mars 1999 le RUF a demandé au gouvernement de la Sierra Leone de
leur fournir des détails sur de telles atrocités et a mis en place " une commission
indépendante de trois militaires du RUF et de trois civils pour invectiver sur diverses
allégations d'atrocités. "
Golley a clarifié : " Le fait que nous ayons mis en place une commission n'est pas
un aveu de culpabilité, car pour autant que nous sommes concernés, nous ne sommes pas
coupables d'avoir commis des atrocités ; c'est plutôt en réponse à ces accusations
persistantes ."
Pendant le mois de janvier, les 3 principaux
hôpitaux de Freetown, Connaught, Brookfield et Netland ont traité 97 victimes
d'amputation résultant d'attaques avec des haches et des machettes . La majorité des
amputations étaient des mains et des bras, incluant 26 amputations doubles. Un hôpital a
traité plus de quarante cas de tentatives d'amputations, de lacérations sérieuses aux
bras et de jambes, où le personnel médical pouvait sauver une ou deux extrémités. Le
personnel médical a rapporté les dommages causés aux nerfs, tendons et aux muscles.
On ne saura jamais le nombre de victimes qui sont mortes avec de recevoir des soins
médicaux. De nombreuse personnes ont vu des cadavres dans les rues de Freetown avec les
deux mains ballantes ou sectionnées. Les ouvriers de santé publique et préposés
mortuaires responsables des cadavres et de l'enterrement dans les fosses publiques ont
aussi observé de nombreux corps avec des membres manquants ou de graves lacérations.
Les hôpitaux principaux, qui sont situés à Freetown ouest et sous la commande de
l'ECOMOG, étaient inaccessibles à la majorité des victimes dans l'est où la grande
majorité d'amputations a eu lieu. Incapables de traverser les lignes de front, les
victimes ont fréquemment mis deux ou trois jours avant de pouvoir recevoir des soins
médicaux.
Lansana
Lansana, 24 ans, était l'un des trois frères qui ont eu leurs mains tranchées alors
qu'ils essayaient de fuir vers les positions de l'ECOMOG le 18 janvier. Il décrit comment
l'un des frères est mort près du lieu de l'amputation :
Plus l'ECOMOG approchait de nous, plus les rebelles
commettaient des atrocités. A 9 heures du matin, mes frères Amara, 17 ans , Brima, vingt
ans et moi-même avons décidé de nous enfuir. Nous avons rassemblé quelques affaires et
nous sommes partis. A quatre miles de la maison, après un virage nous étions tout droit
sur un groupe d'une cinquantaine de rebelles. Ils se sont demandés s'ils devaient ou non
nous tuer et l'un d'entre eux a dit " envoyons-les à l'ECOMOG ", ce qui est
leur manière de dire que nos bras allaient être coupés.
Ils nous ont dit de nous allonger sur la route ; ils nous tenaient en joue avec leur
fusil. Le premier à être mutilé fut Brima ; ils lui ont coupé la main gauche avec une
hache. Puis ma main gauche fut sectionné et enfin la main droite d'Amara. Ils ne nous ont
posé aucune question ni ne nous ont accusés de quoi que ce soit. Il y avait un tas
d'armes aux alentours.
Il y avait du avoir une vraie bataille pour cet endroit. Nous avons énormément saigné.
Brima a essayé de se lever à plusieurs reprises, mais il a trébuché et est tombé. Il
ne pouvait plus bouger. Je pense qu'il a perdu trop de sang ou juste qu'il n' a pas pu
supporter le choc. Il y avait une telle tension ; les balles sifflaient, mon frère et
moi-même n'avons pas eu le choix ; nous avons du abandonner notre frère dans la rue.
Quand nous sommes ressortis de l'hôpital, nous sommes retournés à cet endroit ; les
gens nous ont dit que Brima a été enterré plus tard dans une fosse publique.
Alpha
Alpha, une victime d'un coup de machette à la tête, nous a décrit voir deux victimes
d'amputation de membres mourir le 22 janvier pendant la bataille pour la banlieue est de
Calaba Town :
Comme je courais vers les positions de l'ECOMOG, le sang jaillissait de ma tête. Les
rebelles m'ont frappé à trois reprises avec une machette. Les soldats de l'ECOMOG ont
pointé leur fusil sur moi mais quand ils ont vu que je saignais, je les ai entendus dire
: " cet homme n'est pas un rebelle, c'est un de vos frères. Venez à son aide.
" Ils m'ont emmené dans une maison et m'ont étendu à coté de trois autres civils
gravement blessés : une femme avec un impact de balle et deux hommes aux mains coupées.
Un homme m'a forcé à boire de l'eau et je me suis endormi. Quand je me suis réveillé
plusieurs heures après, j'ai vu que les trois civils étaient morts. Je suis parti, je ne
voulais pas mourir là.
Les civils ont souvent été mutilés par paires ou par groupes, pendant de petites opérations où les victimes étaient rassemblées, alignées et leurs membres amputés l'un après l'autre. D'autres amputations ont été commises comme punition pour avoir résisté à la capture d'un membre d'une famille . Dans d'autres cas, les rebelles choisissaient leurs victimes au hasard, souvent sans poser une seule question.
Ramatu
Ramatu, 15 ans et 5 autres voisins capturés par les rebelles, ont eu leurs mains ou leurs
bras amputés près de Kissy Mental Home où de nombreuses amputations ont été
signalées . Elle décrit comment ils ont tranché leur main gauche :
Dix rebelles sont entrés chez nous et ont commencé à demander de l'argent. Ils nous ont
fait sortir et regrouper avec trente autres personnes de la région. Ils ont commencé à
choisir : " toi, toi et toi ", et nous ont dit de les suivre. Nous étions trois
hommes et trois femmes. Certains étaient aussi jeunes que moi.
Ils nous ont fait marcher à la colline près de Kissy Mental. Ils n'ont pas dit pas dit
pourquoi ils nous emmenaient mais nous le savions. Quand nous somme arrivés, ils nous ont
fait allonger par terre et ont commencé à nous mutiler. Toutes les mutilations ont été
commises par un seul rebelle. Quelques uns ont eu les deux mains coupées, les autres
juste une. Ils sont alors partis en marchant. Je n'ai même pas pu enterrer mon bras.
Osman
Osman, 42 ans, et voisin ont eu tous les deux leurs mains amputées à Kissy le 25 janvier
quand ils ont été pris alors qu'ils se cachaient dans le bananier derrière leur maison.
Il raconte :
Vers minuit, ils ont commencé à tirer vers notre maison et nous ont crié de sortir. Je
me suis enfui dans la brousse avec ma femme et mes quatre enfants. Nous avons trouvé là
notre voisin et sa famille et sommes restés cachés toute la nuit. Le lendemain, très
tôt, nous avons vu passer un autre groupe de rebelles mais le bébé de mon voisin a
commencé à pleurer et a donné notre position. Nous avons commencé à courir mais ils
étaient trop rapides. Ils nous ont insulté et sans nous poser aucune question, ils ont
allongé mon ami sur le sol et lui ont coupé ses deux bras avec une hache. Je les ai
supplié et leur ai donné tout l'argent que j'avais mais ils m'ont également coupé les
mains.
Le rebelle qui nous a mutilé avait un T-shirt blanc avec " Capitaine 2 mains "
écrit avec ce qui semblait être du sang. Mon fils de quatre ans criait : " Ne
coupez pas les mains de mon papa "
Les rebelles préféraient souvent choisir un ou deux membres d'une famille pour
l'amputation. De temps en temps, les hommes étaient tués et les femmes attaquées à la
machette. Les rebelles donnaient aux survivants un message pour l'ECOMOG ou les membres du
gouvernements.
Mani
Mani, 48 ans, a été témoin d'une exécution de sept civils et d'une amputation le 21
janvier :
Un groupe de 13 rebelles est venu chez moi , a jeté du kérosène sur les meubles et les
a enflammés. Je suis sorti de chez moi et j'ai commencé à courir dans la rue mais j'ai
été immédiatement attrapé par un groupe de dix rebelles. Ils m'ont mis avec un groupe
de 7 personnes de mon voisinage.
Le commandant, qui s'est présenté comme un libérien, a ordonné à tout le monde sauf
moi de se regrouper et a dit : " Je vais tous vous tuer, alors dites au-revoir au
monde ". Il les a laissé supplier pendant trois minutes et a ordonné à un rebelle
de les exécuter.
Alors le même libérien dit : " Je suis commandé et payé par Sam Bockerie pour
n'épargner personne et c'est pour cela que je tue. Tu l'a vu avec tes propres yeux. Mais
maintenant j'ordonne que tes mains soient coupées. " Il m'a fait allonger sur la
route, face contre terre et a appelé un rebelle avec une hache qui m'a coupé une main.
Ma main pendait, saignante, et quand je l'ai vue, j'ai commencé à pleurer. Les rebelles
sont partis sans se presser.
Amadu
Après avoir massacré ses voisins à Kissy le 20 janvier, Amadu, 40 ans, décrit comment
les rebelles lui ont coupé le bras.
Je me cachais dans ma maison avec ma femme et ma famille, quand vers 21 heures 30 nous
avons commencé à entendre des cris. Quelques minutes plus tard, nous avons entendu nos
voisins supplier : " ne nous tuez pas ", puis j'ai entendu un coup de feu. Un
rebelle m'a vu et m'a crié de sortir. Après quelques minutes, ils ont arrosé la maison
avec du kérosène et ont mis le feu. Quand la chaleur fut trop forte, je me suis enfui
par derrière mais ils m'ont attrapé et m'ont conduit chez mon voisin.
C'est là que j'ai vu ce qui était arrivé à mes voisins : j'ai vu au moins 20 d'entre
eux allongés sur le sol et j'ai crié " vous avez tué les miens ". Un rebelle
a appelé un homme avec une hache et lui a dit de me couper les bras ; c'est ce qu'il a
fait, à l'endroit même du crime. Quand ce fut fait, ils ont dit : " Va voir Pa
Kabbah et demande lui une nouvelle paire de bras. "
Kaima
Kaima, 40 ans, a été capturée avec un groupe de civils qui cherchait refuge à Kissy
Mental Home. Les rebelles les ont séparés, exécuté les hommes et ont attaqué les
femmes avec des machettes. Elle a reçu de graves lacérations sur les deux jambes et,
incapable de marcher, a passé trois jours sans aucun soin médical. A cause de la
gravité de la blessure et du degré d'infection, les deux jambes ont du être amputées
au-dessus du genou. Elle raconte :
Ils nous ont ordonné de sortir. Nous sommes sortis en courant, paniqués. Ils ont pris
vingt-cinq d'entre nous, ont mis les hommes d'un coté et les femmes de l'autre. Comme ils
fusillaient les hommes, je me suis enfuie en courant avec mon enfant sur le dos ; Mais je
suis tombée dans un fossé et comme je me relevais, ils étaient déjà cinq autour de
moi et ont commencé à me frapper aux jambes à coups de machette . Mon bébé était
allongé sur le sol à coté de moi. Un des attaquants a levé sa machette pour frapper
mon bébé mais j'ai paré le coup avec ma main droite et j'ai crié : " vous me
coupez les jambes et maintenant vous voulez tuer mon bébé ! " Ils sont alors
passés aux 5 autres femmes, coupant la main de l'une, les doigts d'une autre et la tête
d'une autre.
La majorité des amputations étaient faites peu de temps avant que les rebelles soient forcés de se retirer . Les victimes et témoins décrivent les rebelles faisant souvent appel à des unités spéciales . Les chefs de ces infâmes escadrons se présentaient à leurs victimes comme Capitaine 2 mains, Betty Coupe Mains, OC Coupe Mains, et Adama Coupe Mains. Après avoir été capturées, les victimes étaient souvent obligées d'attendre que les coupeurs de mains arrivent. Plusieurs des Commandants et des membres de ces unités étaient des adolescents et des femmes.
Tejan
Tejan, un conducteur de 43 ans, décrit comment un combattant de 15 ans d'une de ces
unités nommées " Commandant Coupe Mains " lui a coupé ses deux mains à Kissy
le 20 janvier :
Après qu'ils aient mis le feu à ma maison, ils m'ont attrapé alors que je m'échappais
par la porte de derrière. Ils m'ont amené dans la maison voisine où ils détenaient
deux de mes voisins. Ils se sont demandés qui ils allaient tuer et à qui ils couperaient
les mains. Alors l'un d'eux a ordonné de me couper les deux mains et a appelé un garçon
de 15 ans appelé " Commandant Coupe mains " . J'ai refusé de m'allonger. Ils
m'ont alors frappé et plusieurs d'entre eux m'ont maintenu à terre . Ils m'ont
déshabillé, trois d'entre eux se sont assis sur mes jambes et d'autres devaient me tenir
les mains. Je pleurais, et après qu'ils m'aient coupé les deux mains, je leur criais :
" tuez-moi, juste tuez-moi ! "
Ils ont aussi coupé les mains de mes deux voisins. Je craignais qu'ils ne m'attaquent
parce que j'étais leader du SLPP (Sierra Leone People's Party), mais ils ne l'ont jamais
trouvé. Ils ne connaissaient rien sur moi .
Allieu
La pratique particulièrement macabre de remplir des sacs avec des mains coupées et des
doigts a été rapportée par plusieurs personnes interviewées par Human Rights Watch.
Une autre victime se cachant derrière sa maison à Calaba Town le 24 janvier a été
témoin d'un commandant s'appelant lui-même " Dr Sang " appeler cinq rebelles
et leur ordonner de commencer une opération " Coupe Mains ". Il a dit alors :
" je veux un sac de mains de Kissy, un de Wellington, et un de Calaba Town "
Allieu, 50 ans, décrit voir un sac rempli de mains au cours de l'amputation brutale de
ses deux bras à Kissy le 21 janvier.
Ils ont entouré ma famille, et un d'entre eux a dit : " puisque Pa Kabbah ne veut
pas nous donner la paix, nous sommes venus vous couper les mains ". Je leur ai
supplié de ne pas faire de mal à ma femme et mes enfants ; ils ont tiré en l'air et
leur ont dit de s'enfuir.
Ils m'ont alors amené à la colline de l'église catholique de Saint Patrick où j'ai vu
plus d'une centaine de rebelles. Ils m'ont ordonné de mettre mon bras gauche sur un socle
et me l'ont coupé. Ils n'arrêtaient pas de parler du président Kabbah et comme ils
m'ordonnaient de mettre mon autre main , je criais " mais je ne connais rien en
politique " et l'un d'eux a répondu : " mais tu as voté pour Kabbah. Et il m'a
coupé l'autre main.
Le sang jaillissait de mes bras. J'étais faible et je tombais alors que j'essayais de me
relever. Ils ont commencé à se moquer de moi et j'ai crié : " tuez-moi, regardez
comment vous m'avez laissé ".Ils m'ont alors craché dessus, quelques uns ont pris
un marteau et m'ont donné des coups sur les dents : j'en ai perdu quatre. Puis ils ont
dansé autour de moi et m'ont dit : " on t'a vraiment eu, tu vas mourir ici ".
Comme je restais là allongé, saignant, dans la cour de l'église, je les ai vus amputer
les mains de deux autres hommes. Alors, un homme est arrivé avec un sac de riz. Il y
avait du sang au fond. Il a dit : " mettez ces choses là-dedans "
Les enfants, et même dans certains cas les nourrissons n'étaient pas exempts d'attaque. La plus jeune victime d'amputation depuis janvier 1999 était un garçon âgé de juste un an et huit mois. En janvier 1999, une petite clinique à Kissy a traité 21 enfants de 3 à 15 ans blessés de lacérations, mutilation et amputation. Cinq de ces enfants avaient de 3 à 5 ans.
Lucia
Lucia, 10 ans, décrit comment le 13 janvier, elle et deux de ses amies ont été choisies
dans un groupe, capturées, et ont eu leurs deux bras amputés :
A environ 4 heures de l'après-midi j'étais assise sous le gros manguier en face de ma
maison avec toute ma famille et mes voisins quand nous avons vu un groupe de quatre
rebelles arriver sur la route. Nous nous sommes levés et avons couru à l'intérieur.
Quand ils sont arrivés ils nous ont ordonné de sortir. Ils avaient un container
d'essence et ont demandé des allumettes. Nous avons pensé qu'ils allaient brûler la
maison mais au lieu de cela ils ont commencer à désigner certains d'entre nous : moi, ma
cousine Miata qui a douze ans, et mon amie Finda qui a 15 ans.
Ils nous ont fait marcher jusqu'à la colline où nous avons été rejoints par un autre
rebelle et deux autres hommes adultes. Et ils ont commencé à nous couper les bras. Quand
çà a été mon tour, ils m'ont plaqué au sol et ils m'ont dit de mettre ma main droite
sur une grosse pierre. Un rebelle me tenait, un a mis son pied sur mon bras pendant que
celui appelé " Sang " l'a coupé avec une grosse hache. Ils ont fait la même
chose avec ma main gauche. Un seul coup pour chaque main.
Nous ne pouvions pas courir ; ils avaient leurs fusils sur nous tout le temps. C'était si
rapide; le tout a duré environ 10 minutes. Alors ils nous ont fait revenir chez nous.
Quand ma mère m'a vue, avec les mains pendant de mes bras et le sang jaillissant de
partout, elle a crié et éclaté en sanglots. Pendant qu'ils me mutilaient, j'ai entendu
l'un d'entre eux dire : " maintenant vous allez connaître les rebelles ; maintenant
vous allez connaître l'âpreté de la guerre ".
L'usage de drogue par le RUF et l'intoxication forcée de
civils.
La plupart des victimes et témoins décrivent un large usage de drogue, marijuana et
alcool et pensent que la plupart des atrocités ont été commises sous l'influence de ces
substances. Les témoins décrivent les rebelles s'administrant eux-mêmes de la drogue en
se coupant aux tempes ou aux joues de petites incisions ou était placée une poudre
blanche ou brune puis recouverte de plastique ou de bande adhésive. Les rebelles
parlaient de cette drogue comme de la cocaïne. D'autres ont observé les rebelles prenant
de petites pilules bleues.
Les victimes qui ont réussi à s'échapper ont été forcées à s'injecter de la drogue,
ou on leur a donné de la nourriture ou de la boisson contenant de la drogue. Un père
dont la fille de seize ans a été capturée par les rebelles l'a vue quelques jours
après qu'elle soit libérée ; il l'a vu avec du plastic sur la figure et a déclaré que
son comportement était celui d'une droguée. Une personne capturée a demandé à un
rebelle de 9 ans des informations sur la drogue qu'ils utilisaient : celui-ci lui a
répondu que c'est un médicament qui a pour effet qu'ils n'ont plus aucun respect pour
personne. Tout ce qu'on peut leur dire, ils le font. Un autre rebelle a ajouté qu'avec ce
médicament, ils n'ont plus peur de personne. Et un autre : avec ce médicament, nous nous
sentons si grands et vous, les civils, si petits.
Lynette
Lynette, 16 ans, a été capturée le 26 janvier et tenue pendant les rebelles pendant
plusieurs jours pendant lesquels on lui a mis de la drogue dans sa nourriture, et est
témoin d'autres captifs à qui on injectait de la drogue.
Le premier jour, ils nous ont donné de la drogue. Ils nous ont montré de la poudre et
nous ont dit que c'était de la cocaïne appelée brown-brown. Je les ai vus la mettre
dans la nourriture et après avoir mangé je me suis sentie malade. Je me suis sentie
folle.
Un jour, j'ai vu un groupe de rebelles amener un groupe d'une vingtaine de garçons
kidnappés, âgés de 15 à 20 ans. On les a fait s'aligner et appelés un par un pour
leur faire une injection dans le bras. Les garçons ont supplié de ne pas le faire, mais
les rebelles ont dit que cela leur donnerait de la force.
Environ 20 minutes après, les garçons ont commencé à crier comme s'ils étaient fous
et certains se sont évanouis. Deux rebelles leur ont ordonné de crier " je veux
tuer, je veux tuer " et leur ont donné su kérosène pour l'un de leurs raids
d'incendie de maisons.
Joseph
Joseph décrit comment il a été capturé et amené à State House où lui et quelques
autres civils ont eu une injection de substance grise.
Ils m'ont mis dans une chambre à state House où ils m'ont tenu en joue avec un fusil et
forcés de prendre cette drogue. Ils ont dit : prends çà, tu n'auras pas peur. C'était
un liquide ; après quelques minutes, je me suis senti comme si je volais et ma tête me
faisait mal. J'ai mis deux semaines à m'en remettre.
Abdul
Abdul, 20 ans, un autre captif à State House, décrit de grands groupes de rebelles
appelés pour avoir des pilules et de la drogue ; parfois des mercenaires blancs. Il
raconte :
Il y avait des centaines de rebelles à State House parce que c'était leur base. Ils
passaient leur temps à boire, fumer de la jamba (marijuana), renifler une poudre blanche
et certains d'entre eux ont pris ces pilules bleues.
Je suis resté ici trois jours, et au moins une fois par jour un des commandants appelait
les gens en disant : " c'est l'heure des médicaments " et donner ces pilules.
J'ai même vu deux Ukrainiens aller à la distribution de ce qui était probablement de la
cocaïne.