NEW YORK (Nations Unies), 22 oct (AFP) - Le Conseil de sécurité a approuvé vendredi une force sans précédent de 6.000 hommes en Sierra Leone, une décision présentée comme le retour de l'ONU en Afrique.
Les quinze membres du Conseil ont voté à l'unanimité une résolution autorisant le déploiement de 6.000 casques bleus en Sierra Leone pour y garantir les accords de paix qui ont mis fin à une sanglante guerre civile de neuf ans.
Ils ont également décidé de prolonger de trois mois une force de paix de l'ONU de 1.350 casques bleus en Centrafrique.
Ces deux opérations totalisant plus de 7.000 hommes vont presque doubler le nombre de casques bleus actuellement déployés dans le monde (10.700).
Le déploiement d'une force onusienne en Sierra Leone est "la démonstration de la volonté du Conseil de sécurité de revenir en Afrique et d'y jouer un rôle", a affirmé un haut responsable de l'ONU.
"C'est symbolique pour les Africains (...), c'est un bon signe pour le Conseil de sécurité", s'est félicité le secrétaire général adjoint chargé des opérations de maintien de la paix, Bernard Miyet.
Ces opérations ont été décidées par les quinze membres du Conseil alors qu'ils sont accusés par les dirigeants africains de négliger le continent noir ravagé par les guerres et les fléaux naturels.
Devant l'empressement des Occidentaux à intervenir militairement pour faire cesser les violences au Kosovo ou au Timor oriental, les Africains et de nombreux pays en développement critiquent le "deux poids, deux mesures" pratiqué par le Conseil.
L'ambassadeur américain, Richard Holbrooke, a rejeté ces accusations qui visent en premier lieu les Etats-Unis, tenus pour les principaux responsables du désengagement de l'ONU d'Afrique.
"Les Etats-Unis n'ont pas une politique du deux poids, deux mesures vis-à-vis de l'Afrique", a assuré M. Holbrooke.
"Pour nous, la Sierra Leone est aussi importante que le Kosovo et le Timor oriental", a-t-il dit.
Depuis la sanglante déroute de l'ONU en Somalie en 1994, l'administration et le Congrès américains s'opposent ou au mieux imposent de très strictes limites à toute présence de casques bleus en Afrique.
Ce fut notamment le cas en Centrafrique, a reconnu le représentant adjoint américain, Peter Burleigh.
L'ambassadeur de France, Alain Dejammet, a lui aussi estimé que les décisions du Conseil "constituent à l'évidence un signal d'encouragement vis-à-vis du continent africain".
Il a ajouté espérer que l'engagement de l'ONU en Afrique "pourra être poursuivi dans d'autres régions d'Afrique et notamment en République démocratique du Congo".
L'ONU a autorisé en août l'envoi de 90 officiers de liaison dans les capitales des six pays belligérants en RDCongo qui pourraient ouvrir la voie à une opération mobilisant jusqu'à 20.000 hommes pour garantir la paix dans ce pays stratégique au coeur de l'Afrique.
Mais de nombreux diplomates doutent que Washington accepte une mission d'une telle ampleur.
Et, au-delà des déclarations, le principal test de l'engagement de la communauté internationale en Afrique sera financier, ont affirmé des diplomates.
Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a ainsi appelé jeudi les Etats membres à accorder promptement à l'organisation les fonds nécessaires à la mise sur pied des opérations en Sierra Leone et au Timor oriental.
"Une fois qu'une crise a éclaté et que nous avons reçu un mandat, nous devons avoir les moyens financiers de le rendre viable", a-t-il dit aux journalistes.
Les Etats-Unis sont le principal débiteur du budget des opérations de maintien de la paix auquel ils doivent 1,1 milliard de dollars.